«Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte»

Dans la page de l’Evangile de Matthieu (14, 22-33), les disciples sont troublés et crient de peur à la vue du Maître qui marche sur l’eau, en pensant qu’il s’agit d’un fantôme. Sur la barque agitée par un vent fort, ils ne sont pas capables de reconnaître Jésus; mais Lui les rassure: «Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte» (v. 27). Pierre, dans un mélange de méfiance et d’enthousiasme, demande à Jésus une preuve: «Donne-moi l’ordre de venir à toi sur les eaux» (v. 28). Jésus l’appelle. Pierre fait quelques pas, mais la violence du vent lui fait à nouveau peur et il commence à sombrer. Tandis qu’il le saisit pour le sauver, le Maître le réprimande: «Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?» (v. 31).

A travers ces épisodes bibliques, le Seigneur nous parle aujourd’hui et nous demande de le laisser nous libérer de nos peurs. La peur est l’origine de l’esclavage: les Israélites préfèrent devenir esclaves par peur. C’est aussi l’origine de toute dictature, parce que c’est sur la peur des peuples que croît la violence des dictateurs.

Face aux méchancetés et aux laideurs de notre temps, nous aussi, comme le peuple d’Israël, sommes tentés d’abandonner notre rêve de liberté. Nous éprouvons une peur légitime face aux situations qui nous semblent sans issue. Et les paroles humaines d’un chef ou d’un prophète ne suffisent pas à nous rassurer, quand nous ne réussissons pas à sentir la présence de Dieu et quand nous ne sommes pas capables de nous abandonner à sa providence. Ainsi, nous nous refermons sur nous-mêmes, sur nos fragiles sécurités humaines, sur le cercle des personnes aimées, sur notre routine rassurante. Et à la fin nous renonçons au voyage vers la Terre promise pour revenir à l’esclavage de l’Egypte.

Moïse dit à son peuple devant la Mer rouge, avec un ennemi aguerri sur ses talons: «N’ayez pas peur», parce que le Seigneur n’abandonne pas son peuple, mais il agit mystérieusement dans l’histoire pour réaliser son plan de salut. Moïse parle ainsi simplement parce qu’il a confiance en Dieu. Le Seigneur ne nous abandonne pas! Même si nous sommes des hommes et des femmes «de peu de foi», le Christ continue à tendre la main pour nous sauver et pour permettre la rencontre avec Lui, une rencontre qui nous sauve et nous rend la joie d’être ses disciples.

Frères et sœurs, il s’agit d’une grâce qui porte en elle une mission, fruit de la pleine confiance dans le Seigneur, qui est pour nous l’unique vraie certitude. C’est pourquoi, en tant qu’individus et communautés, nous sommes appelés à faire nôtre la prière du peuple racheté: «Yahvé est ma force et mon chant, à lui je dois mon salut» (Es 15, 2).

Extraits de l’Homélie du pape François