« Donnez-leur vous-mêmes à manger ! »

Nous imaginons sans peine, frères et sœurs, la réaction ahurie des disciples de Jésus lorsqu’ils entendent cet ordre du Seigneur… Comment ? Nous sommes dans un endroit désert, perdu, loin de tout ; il y a là une foule immense, des hommes, femmes et enfants qui ont quitté villes et villages pour t’écouter, Jésus ; toutes ces personnes ont faim et soif, il est tard, nous sommes fatigués et nous n’avons que cinq pains et deux poissons !

          Cinq pains et deux poissons… C’est peu, en effet ! Mais le Christ va se servir de cette « matière première » pour réaliser un signe étonnant. Jésus a toujours besoin de ce qu’apporte l’homme pour contribuer à son œuvre d’amour. A Cana, lorsqu’il change l’eau en vin ; à chaque fois qu’il guérit, soulage, relève, ramène à la vie : dans toutes ces situations, Jésus demande un geste, une parole, un mouvement, un acte de foi et de confiance.

     C’est encore le cas dans le passage de l’Évangile que nous venons d’entendre : pas question de nourrir la foule à partir de rien, comme le ferait peut-être un magicien ou un sorcier. Jésus offre d’abord sa présence, son message, son amour, la guérison des corps et des cœurs comme première nourriture. Puis il sollicite ses disciples pour participer au signe qu’il compte proposer. Il tient compte de ce qu’il y a, de ce qui existe ; il peut alors multiplier les petits riens pour en faire ce qui va rassasier, combler, épanouir. Il invite chacun à donner le meilleur de ce qu’il possède pour que tout le monde puisse en profiter !

         Voilà un beau défi pour cette semaine… Ne disons pas : « je ne suis pas capable », ou bien : « je ne peux rien apporter aux autres », ou bien : « ce que je fais ne sert à rien ! » Au contraire, apportons joyeusement et gratuitement ce que nous sommes, nos talents, nos énergies même si cela nous semble peu de chose.

          Le Seigneur nous encourage ; mieux que cela, il fait Alliance avec nous et nous promet sa présence fidèle et quotidienne, comme l’affirme l’apôtre Paul : « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ ! » Rien, c’est-à-dire ni les moments difficiles où nous pourrions douter, ni les moments joyeux où nous pourrions l’oublier…

Frères et sœurs, dans un monde trop souvent divisé, soyons les signes vivants d’un Dieu qui multiplie ; en mathématiques, il est plus facile de réaliser une multiplication qu’une division. Pourquoi ne pourrait-on pas y parvenir, dans la foi et par amour ? Alors, au boulot, guidés par l’Esprit-Saint ! Amen.

Alain-Noël Gentil