« pardonne-nous comme nous pardonnons. »

Demander à Dieu son pardon me remet en mémoire, dans la prière même, mon devoir personnel de pardon, le devoir que j’ai de pardonner. Vous connaissez l’histoire de Péguy qui était dans une situation conjugale extrêmement difficile. Un certain nombre d’hommes l’avaient blessé et il s’en était suivi une brouille très grave avec un de ses amis. Pendant tout le temps où il est resté brouillé avec cet ami, Péguy, qui était un homme sincère, n’a pas récité son Pater parce qu’il ne pouvait pas dire : « pardonne-nous comme nous pardonnons. » Il ne voulait pas dire un mensonge à Dieu. Dans nos églises, le Dimanche à la messe, des centaines et des milliers de catholiques disent : « pardonne-nous comme nous pardonnons », sans même penser qu’ils n’ont pas pardonné, ne serait-ce qu’à leur belle-sœur. Un beau jour Péguy est arrivé en courant et en sanglotant et il est tombé dans les bras de Joseph Lotte, son ami, en lui disant « Mon pauvre vieux, est-ce que tu comprends ce que c’est que de pouvoir dire son Notre Père? » Il avait pardonné, il s’était réconcilié. Alors là, en toute vérité, il pouvait dire le Pater.

            En se tenant au mot à mot on pourrait dire : « Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à ceux qui nous doivent. » Nous traduisons par : « pardonne-nous comme nous pardonnons », c’est une bonne traduction de l’avis même des exégètes.

– François Varillon dans Jésus, méditations