Comment prier?

« Vous êtes plutôt du style solitaire, vous privilégiez l’intériorité, la silence, la méditation? Une multitude d’abbayes aux modes de vie plus ou moins austères est là pour vous accueillir. Envie d’une heure d’oraison et de mutisme? Il y a près de chez vous une communauté catholique qui pratique l’adoration, la prière silencieuse devant le Saint-Sacrement. Vous éprouvez plutôt le besoin d’être guidés, canalisés, encadrés, parce que, comme moi, vous avez du mal à trouver les mots pour prier et que vous êtes le jouet de nombreuses distractions? L’Église vous propose la « liturgie des heures », une forme de prière organisée (plusieurs fois par jour, à heure fixe autant que possible) et codifiée : les textes – essentiellement des psaumes tirés de la Bible – sont fournis et vous offrent un cadre pour y couler vos préoccupations, états d’âme, mouvements et conflits intérieurs dans des phrases toujours déjà disponibles et aptes à les exprimer devant Dieu (qu’on parcoure, même rapidement, le magnifique florilège des 150 Psaumes de la Bible : il y en a des joyeux et des tristes, pour les jours d’allégresse et de déréliction, de louange, de demande et de supplication, de récrimination, de lamentation, d’exultation, des solitaires et des collectifs, des très courts et de fort longs, des doux et des rageurs.) Vous aimez rabâcher, vous êtes sensibles à la répétition, au rythme, à la pulsation métronomique du langage? Priez donc le chapelet – cinq Notre Père et cinquante Je Vous salue Marie, cela occupe l’esprit. Rien de tout cela ne vous parle? Essayez donc la prière de louange, dites bravo et merci à Dieu. Vous n’avez pas envie de rendre grâce parce que la vie est difficile et vous pèse, vous en voulez à Dieu pour ce qu’il vous fait subir? Engueulez-le donc, sommez-le de s’expliquer, comme le fit l’auteur du Psaume 21 repris par le Christ en croix : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Vous n’arrivez pas à prier? Rien de dramatique, cela arrive à tout le monde, allumez un cierge en passant dans l’église. Etc. »

Denis Moreau,

dans son livre Comment peut-on être Catholique?