Quelqu’un se souvient-t’il?

Au Couvent d’Ottawa, vers la fin des années 60, le « vieux Wen », fr. Wenceslas parait passer ses journées à boire du thé et à attendre que les frères étudiants rentrent de l’université pour leur demander : Es-tu plus savant qu’hier? As-tu tout compris le mystère de la Sainte-Trinité, aujourd’hui? »

Il est tout joyeux; mais comme il serait triste s’il n’était pas convaincu que les plus jeunes l’aiment et estiment sa compagnie. C’est pourquoi il les attend chaque jour, pour voir si, entre eux et lui, ça tient toujours.

Mais il ne fait pas que ça. A près de quatre-vingt ans, il tient à assurer encore de petits travaux : il aide le sacristain, va essuyer quelques plats à la cuisine, donnera bien un petit coup de balai si ça peut rendre service.

Et surtout, il prie. A l’église, en marchant sur la véranda, assis sur sa vieille berceuse préférée. Il prie pour que les étudiants comprennent tout ce qu’ils doivent comprendre et demeurent fidèles; il prie pour garder la sérénité tout au long des vieux jours qu’il lui reste encore et qui l’inquiètent parfois; il prie pour les milliers de gens qu’il a connus et aimés dans toute la région d’Ottawa où, plus de vingt ans, il remplissait l’office du quêteur.

– Fr. Aubert Bertrand dans Les cent ans de mes frères